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  • Photo du rédacteurOlivier Francheteau

Un décorateur d'intérieur doit aimer découvrir ses clients

À l’occasion de mon 54e anniversaire, j'ai récemment publié sur Instagram un condensé personnel de ces 5 décennies que je reformule ici. À travers la richesse de ces expériences, on y découvre mes coups de coeur qui ont indubitablement exercé une influence sur mon travail de décoration d'intérieur. De toute évidence, on devine en filigrane une envie irrépressible de raconter des histoires, de suspendre le temps et de créer un monde imaginaire où règneraient l'amour, la joie et la paix.

cocktail afterwork
Chez Bang & Olufsen pour découvrir les nouveautés et prospecter de nouveaux clients

Les années 70 ont illuminé mon enfance par une explosion de couleurs dans les décorations d'intérieur. Cette décennie traduit ma passion pour les contrastes chromatiques et les couleurs primaires comme sources d’énergie. Même au cinéma, les couleurs éclaboussent, surprennent, enchantent. Impossible d'oublier Peau d’âne de Jacques Demy avec cette étincelante robe couleur du soleil, les laquais tantôt rouges tantôt bleus qui m’ont grandement initié à un monde onirique et poétique… Côté design, mon goût immodéré pour les formes arrondies du mobilier s’inscrit pleinement dans l’héritage de cette décennie. 


Au début des années 80, mes parents font construire une résidence secondaire à Jard sur Mer en Vendée. Dans ma chambre, un papier peint panoramique représentant les Antilles couvre tout un mur. Je trouve l’idée fantastique et je prends conscience du pouvoir magique de la décoration d'intérieur.


Ayant de très bonnes notes à l’école, je suis autorisé à regarder le ciné club à la TV. Nombreux sont les films d’auteurs qui nourrissent mon imaginaire et bouleversent ma perception du monde. Je suis chaviré par le cinéma de Visconti avec notamment Ludwig, le crépuscule des dieux. J’aime aussi la poétique des films de Fellini. Je regarde également beaucoup de films avec Brigitte Bardot et Marylin Monroe dont j’ai un poster dans ma chambre. Ces 2 actrices me plongent dans les années 50, si élégantes. Enfin, je tombe amoureux du cinéma de Pedro Almodóvar. Son utilisation du rouge en décoration d'intérieur reste carrément jubilatoire. 


Dans ma famille maternelle, ma tante Gaby a un goût exquis en déco. Elle a même une boutique de décoration d’intérieur. Sa résidence principale m’impressionne par son mix de meubles anciens et modernes. Je suis sous le charme de son style complètement inédit pour moi à l’époque.


En 1993, j’arrête ma licence d’espagnol à la faculté des lettres de Nantes pour suivre des cours d’art dramatique au conservatoire de Rennes. J' y apprends notamment à écouter son partenaire pour lui répondre justement. Ma personnalité artistique alors s’épanouit. Je trouve une colocation grâce à une petite annonce. Je débarque dans cet appartement avec seulement un lit, un bureau, une bibliothèque, un tapis et une table basse. Je rencontre Sylvain qui me bouleverse par sa beauté. J'aime un homme pour la première fois de ma vie. Un an plus tard, j’emménage avec lui dans un nouvel appartement au rez de chaussée d’un immeuble tout neuf . Il possède déjà des meubles issus de la grande distribution, sans âme. J’arrive malgré tout à créer une décoration harmonieuse grâce à de nouvelles acquisitions de chez Monoprix et Habitat. 


Ma formation au conservatoire et un stage DEFA au centre culturel le Rallye (aujourd’hui Lillico) pendant 2 ans enrichissent mes connaissances artistiques sur le décor et la scénographie. Je vois beaucoup de spectacles et adore l’esthétique de la compagnie Bob Théâtre. À l’occasion des Transmusicales, je découvre une artiste dont l’univers musical et visuel me fascine encore aujourd’hui : Björk . Son style unique et inimitable confirme mon appétence de ne pas copier les autres et de développer ma propre expression artistique. Au cinéma, je suis charmé par les décors poétiques dans Delicatessen de Jeunet et Caro. Sans oublier la black lodge et ses interminables rideaux rouges dans Twin Peaks de David Lynch. 


En 1996, vient le temps douloureux de la séparation avec Sylvain. Je loue alors un joli appartement dans un vieil immeuble plein de charme avec une superbe vue sur La Vilaine. Je le rénove tout en conservant son cachet ancien. Je commence à chiner pour me meubler : un canapé, un fauteuil Voltaire, une table bistrot, un miroir doré, un lampadaire arc, une bondieuserie, un calendrier avec Sissi… Pour la première fois, on me félicite sur mon style en décoration…


En 2000, je pars vivre à Paris. Jérôme, un de mes meilleurs amis, m'accueille provisoirement chez lui à Guy Mocquet. Je me souviens d’un joli meuble de sa grand-mère qui conférait beaucoup de charme à son intérieur. Je suis comédien. L’expérience est douloureuse. J’arrive sur scène en ne sachant plus mon texte qui sort de ma bouche comme par magie. J’angoisse de jouer toute la journée... Je réponds alors à une annonce parue dans Télérama et deviens programmateur de spectacles dans le Val d’Oise. Pendant 7 ans, je programme des compagnies exigeantes sans pour autant être élitistes. Je suis très sensible à la corrélation entre le décor et le texte. J’ai un énorme coup de cœur pour la compagnie AMK. Je loue enfin un 37 m2 dans le Marais avec vue sur les toits de l’Hôtel de ville. Pour personnaliser ma décoration, je récupère la table basse très seventies de mon enfance et un bureau de mon grand père maternel. De la toile de Jouy dans mon salon, du papier peint dans un couloir, des accessoires déco de couleur orange et des stickers oniriques finissent par donner un style original et éclectique à la décoration de mon petit appartement. Le 28 août 2005, je prends exceptionnellement un bain de soleil sur les quais de la Seine. Environ 5 mètres me séparent d’un beau blond qui me regarde avec insistance. Au bout d’une heure,  je rentre chez moi et il me suit. Arrivés au pied de mon immeuble, nous faisons connaissance. Son délicieux accent islandais me pousse à l’inviter chez moi. En montant les marches de l’escalier, j’ai une épiphanie : c’est l’homme de ma vie ! Quelques mois plus tard, Bergthor s’installe chez moi. Il aime la déco vintage et surtout la vaisselle ancienne. Finalement, nous restons 5 ans dans ce petit appartement tant nous y sentons bien. 


Le 29 mars 2010, j’ai 40 ans. J’ai envie de nouveaux défis pour accepter cette nouvelle dizaine. Besoin de plus de soleil, d’un rythme plus calme et d’une plus grande connexion avec la nature. On me propose de travailler chez Montblanc à Nice. Je pars seul dans un premier temps. Je suis responsable de la visibilité dans la boutique et dans les vitrines des hôtels partenaires. J’apprends à décorer en jonglant avec différents concepts imposés par le service marketing. On passe sans transition du less is more au maximalisme. J’aime ce travail qui demande beaucoup de minutie et de précision. Chez Montblanc, tout le monde s’accorde à dire que la boutique de Nice est la plus belle de France tant les vitrines sont impeccables. Dans un premier temps, je loue un meublé. Mes meubles, objets et livres me manquent énormément. Après avoir signé mon CDI, Bergthor quitte Paris pour me rejoindre définitivement. Nous louons un appartement 2 fois plus grand qu’à Paris et je récupère des meubles de famille dont l’armoire de style art nouveau de mes grands parents maternels. En 2013, nos achetons notre propre appartement. Nous rénovons entièrement la salle de bain et la cuisine. Tous les murs blancs se parent de belles couleurs choisies chez Ressource peintures. 2015 est une année importante car la boutique Montblanc ferme définitivement ses portes et nous nous marions en Islande. Réalisant que la décoration est la synthèse de toutes mes expériences professionnelles, je négocie une formation de décoration d’intérieur lors de mon licenciement économique. Tout mon parcours n’a effectivement été qu’une tentative de raconter de belles histoires et de susciter des émotions. Fort de ce constat, je crée alors ma société de décoration... 


En 2022, le dérèglement climatique me fait prendre conscience qu'il faut changer ma façon de travailler.

Je m'inscris alors dans une démarche eco-responsable en privilégiant les achats de mobilier et accessoires de décoration chez les antiquaires et brocanteurs à Nice. J'affirme dès lors un style plus poétique avec un goût prononcé pour les décors décatis et démodés.


Toutes ces belles années ont extraordinairement enrichi ma personnalité et mon travail de décorateur d'intérieur. La richesse de ce parcours m'a offert une aptitude à chercher et légitimer le sens derrière chaque décision en décoration. Je ne choisis jamais une couleur sur des critères purement esthétiques. Je ne propose jamais l'achat d'un meuble juste par la beauté de son design. Il faut systématiquement chercher la connexion de chaque choix avec la personnalité du client. À l'instar des décors au théâtre et au cinéma, toute forme, tonalité, volume et matériau participent à mieux comprendre un personnage. Le projet de décoration devient alors plus personnel et de fait plus intéressant. Par conséquent, être décorateur d'intérieur implique d'aimer écouter et découvrir ses clients. La réussite de tout projet de décoration repose évidemment sur la qualité de cette empathie, sur cette ouverture à l'autre dans toute sa diversité et sa singularité. Ce process, extrêmement respectueux du client, empêche toute tentative frauduleuse de copier les tendances et d'uniformiser les intérieurs. Du sur-mesure assurément.

 

Le décorateur d'intérieur Olivier Francheteau accompagne les particuliers pour personnaliser la décoration de leur intérieur en révélant leurs goûts et leur personnalité.


Crédit photo Lionel Bouffier

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